Les trêves de la fin d’année est sans doute la période la plus libre de toute mon année. Autant pendant les petites vacances et les vacances d’été, il y a toujours moyen de “faire avancer (ou pas) la thèse” autant pendant les vacances de Noël, le train rame et refuse de continuer la route ou est contraint de stopper la marche. En effet, pendant les autres vacances, il n’y a pas cette ambiance envahissante (vous avez remarqué toutes ces pubs liées à la célébration de Noël?) et contagieuse (que l’on veuille ou non, à la fin, on est bien obligé de savoir et de se rendre compte qu’effectivement, c’est la période des fêtes de fin d’année) de fête et de repos (forcé ou volontaire), il y a toujours moyen de trouver une bibliothèque ouverte, et il y a toujours des étudiants dans ces bibliothèques (révisant les partiels, ou les examens de fin d’année, rédigeant leur mémoire ou des dossiers à rendre). Entre Noël et le Nouvel an, la plupart des établissements ferment, et ne voulant pas faire la queue à Beaubourg (comme la plupart des étudiants d’Ile de France), j’essaie de prendre le temps de respirer et de mettre un peu à jour les “trucs” de la vie quotidienne . Fin de la parenthèse…
ah oui, Joyeux Noël et Très bonne année tout le monde!
Il y a quelque temps, je suis allée à la rentrée de l’école doctorale, et je me suis fais la réflexion que comme l’homme, le thésard (ou la thésarde) passe par différents stades d’évolution.
On a les doctorants en première année. Ils sont jeunes et enthousiasmés de faire une thèse, d’entrer dans ce cercle qu’ils considèrent comme fermé de la recherche. Ils se demandent souvent (ça se voit dans leurs yeux étonnés et presque animés d’étonnement ou de pitié :hum: ) et surtout, ils demandent souvent directement aux plus anciens (ceux qui ont quelques années de thèse dans le compteur) comment cela se fait que ces derniers n’ont pas encore fini de soutenir. Ils arrivent en conquérants, se promettent et clament haut et fort de ne pas faire comme ces anciens là, c’est à dire être encore sur la thèse après 3 ans de recherche. Avec fierté, ils énoncent avec détails leur sujet, sans rien omettre. Pendant les pauses, ils continuent à être dans la thèse, discutent de la position d’Untel (un grand spécialiste de la question) sur tel sujet, de ce qu’en pense Untel 2 (un autre grand spécialiste de la question). Ils lisent les grands classiques du domaine, ne parlent que de la thèse. Ils s’habillent bien même pour aller travailler en bibliothèque toute la journée (pour que l’on ne les confonde pas avec les étudiants de M2) , ils sont souriants, enthousiastes et prêts à conquérir le monde et à prouver qu’ils sont les meilleurs.
Ensuite, on a les étudiants en milieu de thèse. Sur leur visage commence à s’installer un certain voile: celui du doute (?). Ils commencent à devenir moins enthousiastes et à se tourner de plus en plus dans leur moi intérieur. Les sourires sont moins présents, les questionnements deviennent de plus en plus profonds (et sur le sujet et sur le pourquoi je n’avance pas?). Ils sont moins directs dans leur rapport avec les anciens, et ne sont plus aussi curieux du pourquoi du comment quand ils savent qu’un autre membre du cercle n’est pas encore arrivé au bout du tunnel. Quand on leur demande leur sujet de recherche, ils deviennent plus vagues ( le sujet a été reformulé et remodelé entre temps et sera sûrement encore sujet à reformulation plus tard) et se contentent de les résumer en quelques mots clés. Pendant les pauses, ça discute des actualités et de vie quotidienne (du moins de ce qu’il en reste). La tenue vestimentaire en particulier et l’apparence en général, commence à devenir un peu négligées (le costume n’est plus de rigueur, ni le rasage).La question de la fin de la thèse ne se pose pas, et quand c’est le cas, la réponse c’est: “tu sais ce que c’est que de faire une thèse”
Et enfin, on a les doctorants en fin de thèse. Ils sont taciturnes, nerveux et totalement susceptibles. Ils dorment peu, ressemblent à des zombies, maigrissent à vue d’oeil et leurs têtes grisonnent à une vitesse impressionnante. Leur apparence? heu…devinez! Quand on leur demande ce qu’ils font, ils se contentent de dire qu’ils font de la recherche dans un tel domaine (le droit par exemple) sans entrer dans les détails et font exprès de parler d’autre chose que de la thèse (ce sujet étant tabou parce que renvoyant à une réalité oppressante). Les sourire et enthousiasme des jeunes années ont presque disparus (ah si, ils sourient quand ils entendent un collègue affirmer haut et fort qu’il va finir sa thèse en 3 ans et pas plus). Ils ont leur place attitrée dans telle bibliothèque ou centre de recherches, sont connus de tous les bibliothécaires. Ils n’ont plus de vie sociale et vivent une histoire d’amour ou de haine avec leur sujet. Au moment d’envoyer les manuscrits aux membres du jury, ils commencent de plus en plus à devenir fébriles, et sortent enfin des murs de la bibliothèque pour s’occuper de cette tâche ingrate de faire imprimer le travail en plusieurs exemplaires. Avant la soutenance, ils potassent à la bibliothèque, mais ce ne sont plus les ouvrages habituels, il faut désormais se tenir au courant de ce qui s’est passé entre-temps, se remémorer les bases de la matière. Ils n’ont plus la notion du temps et confondent souvent les jours. A la soutenance, ils sont paniqués…ou pas, mais en tout cas, à la sortie, ils sont soulagés d’avoir fini le travail et de pouvoir enfin répondre à la fameuse question “alors, la thèse ça avance? oui, j’ai fini de soutenir, mais il faut encore que j’apporte les corrections demandées par les membres du jury lors de la soutenance”
Entre la première et la dernière année, ou du moins, les dernières années, il y a toute cette enthousiasme qui vole en éclats ou diminue. Des fois, certains considèrent qu’ils ne peuvent pas montrer des signes extérieurs de ras-le-bol ou de fatigue, et se montrent toujours aussi forts et habités par une motivation sans faille. Pour ma part, je ne sais pas exactement où j’en suis, ce qui est sûr c’est que je ne suis pas à la première année…et que Monsieur Punching Ball dit parfois que j’ai souvent les nerfs à fleur de peau :p