L’appétit vient en mangeant.
A la fin de la période des recherches bibliographiques et des différentes analyses nécessaires, il est un moment où il faut se jeter à l’eau et mettre tout à l’écrit, parce qu’évidemment ce serait trop beau d’avoir tout en tête et de n’avoir qu’à exposer ce “tout” lors du Massacre final. Les membres du jury, les collègues, la famille, les amis et ne soyons pas modestes, le Monde entier attend de vous que vous couchiez sur écrit le résultat de ces heures, journées, mois, trimestres, années consacrés à la Chose. Ecrire la Chose avec tout ce qu’on a récolté en tête, c’est assez facile à dire mais en pratique c’est un exercice assez difficile.
En effet, plusieurs problèmes se posent. Dans un premier temps, il y a toujours la question qui tue: “il faut combien de pages?”. La réponse à cette question est assez personnelle et personnalisée, parce qu’elle dépend de la personne qui dirige votre Chose, de votre domaine de recherche. Personnellement, je ne crois pas qu’il y ait une norme globale en la matière, mais juste des repères selon le domaine. Et puis, ne dit-on pas que peu importe la quantité, seule la qualité compte. Mais dans le doute, il y a souvent des Choses déja finies et écrites dans les bibliothèques et centres de recherche qui peuvent constituer ces repères évoqués plus haut.
Ensuite, il y a le problème du “mais comment est ce que je vais faire pour remplir toutes ces pages?”. Souvent, une fois le volume nécessaire connu, l’on se demande de quelle manière et par quel miracle on arriverait à noircir ces x pages blanches, puisqu’une dizaine de pages ou de phrases arriveraient à parler du sujet et à donner la solution. Le temps, “l’expérience”, le recul: ce sont les maîtres mots de la phase d’écriture. (Et là, il faut que vous vous souveniez de ce que je disais au tout début: tout ce que je dirais dans ce “blog” n’est pas vérité biblique mais juste le fruit de mon expérience personnelle :p
). En effet, rédiger sa Chose n’est pas aussi aisée qu’il n’y paraisse. Il ne suffit pas de mettre à l’écrit des extraits des documents et autres articles et ouvrages que l’on a eu l’occasion de lire, analyser et synthétiser. Il ne consiste pas non plus à écrire un manuel ou un memento sur tel sujet dans telle ou telle matière. Lors d’une conférence de l’école doctorale à laquelle j’ai assisté lors de mes premières années de la Chose, un professeur avait dit que l’écriture de la Chose devait s’apparenter à une démonstration, l’on devait prendre les lecteurs par la main dès la première page jusqu’à la dernière et qu’ils devaient en retenir quelque chose à la fin. Plusieurs années plus tard, je ne sais pas si je suis sur la bonne voie, mais en tout cas, j’ai saisi à peu près ce qu’il voulait dire (mais je ne sais pas vraiment comment l’expliquer
).
Il est illusoire de croire, du moins selon mon avis personnel, que l’écriture est facile et qu’elle arrive du premier coup. Cette écriture là est assez laborieuse et nécessite souvent de se faire la main. Et il n’y a pas vraiment de solution miracle en la matière. Dans mon cas personnel, il m’aurait fallu un bon “recommencez moi tout ce chapitre que vous m’avez remis” pour trouver mes marques dans la rédaction (et encore le “trouvez mes marques” peut être encore mis entre ” ” vu que le résultat final ne sera connu qu’après le Massacre). C’est assez violente comme remarque mais avec le recul et une relecture de ce fameux chapitre dans sa version originale quelques mois après, je me suis rendue compte que cette première version, ce n’était pas vraiment ça (:houhou:). Et souvenez- vous que les remarques et conseils émis par votre Master (la personne qui dirige votre Chose) sont souvent et presque toujours pertinents. Il n’est pas dans son intérêt personnel et professionnel, de mettre son nom sur une Chose mal faite ou mal écrite, en plus, il a déjà fait pas mal de route en la matière, donc, faites lui confiance (je dis cela parce que j’ai été dévastée pendant plusieurs jours après cette fameuse remarque mais si seulement je savais à l’époque que c’était une remarque salvatrice… lol).
Ensuite, il faut se souvenir de l’adage: “l’appétit vient en mangeant”. En effet, il est encore plus illusoire de croire qu’ayant passé la plupart du temps à lire et à cogiter, coucher tout cela par écrit viendrait naturellement et qu’il suffit “juste” d’écrire maintenant et en une fois. Détrompez-vous! la rédaction est une des parties les plus difficiles de la Chose (après la recherche
et selon mon expérience perso) et comme me le rappelle souvent mon Master, c’est à la rédaction qu’on vous juge, les lectures, les recherches, les résultats c’est à vous de les transcrire dans votre Chose et combien même vous les avez bien faits, l’on ne s’en rendra pas compte si vous ne les mettez pas bien à l’écrit . Donc, ne sous-estimez pas le temps que vous devriez consacrer à la rédaction. Et pour avoir l’appétit et remplir les centaines de pages demandées, ne vous posez pas de limites: rédigez et écrivez. C’est aussi simple que cela. Ne vous censurez pas lors de la première fois mais noircissez juste les pages. N’omettez aucune information. Dites leur tout. C’est avec le recul et une relecture active de vos premiers jets que vous commencerez à savoir comment s’y prendre et comment faire.
Une des mes autres méthodes pour avoir de “la facilité” ( je le mets aussi entre parenthèses pour la raison citée ci-dessus et parce que je trouve, même maintenant que c’est dure de rédiger) dans la rédaction aussi (ou peut être parce que j’aime bien cela, ça on ne saura jamais) c’est d’écrire même en dehors de la Chose. Je prends la rédaction comme un sport, plus on pratique moins on a des courbatures. Mais il faut juste faire attention de ne pas trop s’égarer dans ces autres écritures là, parce qu’à la fin le but c’est d’écrire la Chose dans le langage et selon un raisonnement juridique et non comme un roman avec ses rebondissements dramatiques.
Allez…bonne écriture